Le Bumidom ou l’exil d’un peuple malmené

22Sep14

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C’est le récit d’un drame national, oublié des commémorations et banni des manuels d’histoire.

Après un incident survenu en Martinique, une révolte populaire finit par éclater en décembre 1959. Le phénomène prend de l’ampleur et la population se mobilise. Dès le début des années 60, le gouvernement en place assiste à une crise sociale en Martinique puis en Guadeloupe.

L’ordre établi est mis à mal. On ne veut plus de la France comme souverain.

Suite à la récente indépendance des anciens pays colonisés, les Antillais souhaitent être entendus à leur tour.

Ce désir d’indépendance est l’un des résultats du colonialisme, alors qu’on assiste à la fin de l’économie de plantation qui laisse les populations sans ressources et pillées de leurs richesses.

La Réunion n’est pas épargnée : bientôt, 60% de cette île va avoir moins de 20 ans. Le chômage atteint des records, le nombre d’enfants par famille explose et la jeunesse se retourne contre les dirigeants.

De Gaulle redoute la gravité de la situation. Il faut maintenir la paix sociale à tout prix. Il impose Michel Debré, alors Premier ministre en France, qui se présente aux législatives à la Réunion. Il remporte les élections avec l’appui du pouvoir en place et monte un programme public sur l’immigration.

C’est le début d’un plan social aux conséquences désastreuses. Le Bumidom, Bureau des Migrations des Départements d’Outre-Mer est fondé en 1963.

Pour De Gaulle, il faut déminer le terrain, et tenter d’éloigner les jeunes Réunionnais et les Antillais d’une île qu’il estime surpeuplée. Plus de 70 000 personnes vont immigrer ainsi en métropole via le programme du Bumidom. C’est la fin des Trente Glorieuses, la France a besoin de main-d’œuvre.

Mais une main-d’œuvre peu coûteuse qui va faire un travail que les français métropolitains refusent. Car il s’agit d’emplois au bas de l’échelle en termes de salaire et d’évolution, auxquels s’ajoutent des conditions de travail difficiles. Pour les immigrés, pas de quoi se payer un billet pour rentrer au pays. Les populations envoyées en France vont survivre dans des conditions précaires, hébergées le plus souvent dans des habitations de 4 mètres carré.

Les Antillais découvrent le racisme et la discrimination là où le gouvernement leur promettait accueil, travail et formation, évolution sociale et professionnelle. Après les rêves et le mystère que représentaient la France, les mensonges de l’Etat surgissent dans chaque journée de solitude et d’abandon que vivront les hommes et les femmes exilés.

Les formations promises se transforment en apprentissage pour « bien faire le ménage et la cuisine auprès d’employeurs fortunés ». L’humiliation est grande et la précarité laisse place au désespoir. Le gouvernement français va notamment étouffer plusieurs affaires de suicide au sein de la communauté antillaise.

Après vingt ans d’action à encourager ce déracinement, le programme n’a plus lieu d’exister. En 1981, le bureau des migrations est saccagé à Paris. C’est la fin du Bumidom.

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Le journaliste Michel Reinette a d’ailleurs réalisé un reportage intitulé: « L’avenir est ailleurs », une phrase qui résonne douloureusement pour les générations Bumidom, dont beaucoup n’ont jamais revu leur famille.

Aimé Césaire évoquait le Bumidom comme étant une déportation.

Entre 1963 à 1981, c’est aussi 1600 enfants de la DDASS qui ont été déportés en métropole. Certains ont été adoptés, d’autres placés en foyer et en couvent. Beaucoup d’entre eux ont été placés pour aider aux travaux des champs et ont grandi dans la maltraitance, au sein d’un environnement difficile et d’un climat hostile.

Aujourd’hui, les générations Bumidom parlent de «destin sacrifié».

51 ans après sa création, le Bumidom est resté inscrit dans la mémoire collective aux Antilles et à La Réunion. Ce programme public organisé a changé bien des destinées, bouleversé bien des familles et sort de l’ombre après un demi-siècle de tabou.

BUMIDOM – Des français venus d’Outre Mer – YouTube

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